Comme je ne suis pas désordonné, j'ai cru que cette constatation ne me concernait pas.
Mais à bien y penser, je sens que depuis que je suis totalement libre de faire ce que je veux quand je veux, je ne fais la plupart du temps pas grand chose.
Mon coeur me pousse à agir dans le sens d'une amélioration du monde mais je ressens un décalage tellement énorme entre mon coeur et le monde que je me dis à chaque fois que la tâche est trop grande, aussi infinie que la création.
Ce serait comme d'accorder un instrument à 1000 cordes, il faudrait tellement de temps et d'énergie que je préfère vivre la musique en moi. Et le monde est tellement dissonant à ma perception que je ne préfère même pas commencer...
Comme la douleur de l'humanité est colossale, on préfère s'enfermer dans le rêve ou goûter à la mélancolie comme à un nectar, mais en pratique le bâteau sombre un peu plus chaque jour.
Bien vrai que vouloir s'attacher à une tâche infinie à partir d'un tout petit ego ne m'amènera qu'à l'écrasement de celui-ci.
Mais si ce qui me pousse est infini et que j'accepte de me laisser emporter, la tâche reste gigantesque mais le jeu n'est pas perdu d'avance.
Bien souvent, il suffit d'un homme qui n'ait pas peur de mourir pour améliorer la vie de plusieurs millions.

image:Lagaan







